Agnès Latchimy

 « Pourquoi j’ai arrêté l’alcool… »

Face à la délinquance, Miss Nouvelle-Calédonie 2013, Agnès Latchimy, pousse aujourd’hui un véritable coup de gueule ! Pour montrer l’exemple, cette Réunionnaise d’origine a décidé de ne plus boire une seule goutte d’alcool. Alors, pourquoi pas vous ?

« Je m’engage contre la délinquance en Nouvelle Calédonie car en plus de 10 ans de résidence sur le cailloux, je me rends compte de la croissance de ce phénomène. A mon sens, il peut être largement accompagné afin que l’on retrouve une atmosphère harmonieuse où se balader au centre ville, sur les plages le soir redevienne possible, ou même, de ne plus avoir la peur au ventre de se faire cambrioler pendant son sommeil.

Il est alarmant de constater l’ampleur que la délinquance a pris en Nouvelle-Calédonie, cette terre de parole, on se doit tous pour le présent et l’avenir du pays de s’engager dans le but de retrouver un apaisement sur notre île.

 

Chaque jour en NC, dans les journaux, la TV, les réseaux sociaux, un drame, un fait divers, un accident font l’actualité et sont devenus quasi banaux.

Viol, violence conjugale, vols de voitures, cambriolage, homejacking, carjacking, accident mortel de la route, tir au fusil, violence à l’arme blanche, bagarres, pollution intentionnelle, pollution visuel, incendies… la liste est longue.

La question est pourquoi?

L’abus d’alcool ? Le cannabis ? Le manque de repères et de confiance en soi ? L’isolement ou bien le manque de responsabilité, des excuses, une fainéantise, un déni, un laxisme…

 

Dans une société individualiste, où le monde progresse et est en marche vers la mondialisation, il est difficile en tant qu’individu d’y trouver sa place, d’autant plus que historiquement parlant, la colonisation est encore très présente dans les esprits de tous : mélanésiens, indonésiens, wallisiens, japonnais, calédoniens, métropolitains.

Vivre en communauté et progresser vers l’individualité n’est pas forcément un train en marche facile à prendre pour tout le monde.

Colonisation ou mondialisation? Tout le monde est impacté par la société dans laquelle on vit, chacun doit faire ses preuves au sein de sa propre famille, au sein du travail et de la société en général. Comment exister aux yeux des autres, comment faire face à cette compétition inconsciente du monde capitaliste, comment trouver une place en tant que femme et en tant qu’homme, comment faire taire cette douleur, comment ?

 

Certains ont trouvé sans doute du réconfort le soir en s’octroyant un verre d’alcool dans le simple but de faire passer les responsabilités assumées durant la journée, ou de trouver réconfort auprès d’une cigarette ou d’un joint.

Le souvenir lointain du réconfort de notre mère à l’approche de son sein lorsque nous avions faim ou que nous avions besoin d’être rassuré, c’est ce qu’on appelle la “phase orale” en psychologie, continue de marquer notre inconscient. D’où la nécessité d’occuper notre bouche avec des aliments, une boisson, une cigarette.

Peut être est-ce déjà un élément à prendre en compte, qu’avons besoin de réconforter lorsque ce désir est comblé ?

 

La suite de cette consommation de produits existants et addictifs car, rappelons le, l’alcool et le tabac sont les drogues les plus addictifs et sont celles qui maintiennent le taux de mortalité le plus élevé après celui de la consommation de protéines animales. Ces psychotropes  jouent effectivement sur notre système neuronal afin de modifier la perception de nos ressentis, de notre environnement, de nos émotions, pour enfin se sentir désinhiber et libre.

Nous nous sentions plus fort sous l’emprise de l’alcool, plus détendue dans un premier temps, plus sociable, plus drôle, plus séducteur, tout simplement avec une confiance en soi plus importante. Le cannabis s’associe à ce lien social, à cette bulle réconfortante qui enveloppe les consommateurs.

C’est dans un deuxième temps que naissent les craintes, car après la désinhibition apparait le côté sombre, nos peurs les plus intimes refont surface. L’abandon, le rejet, la trahison, l’injustice, la culpabilité.

Malheureusement, la béatitude et l’euphorie que nous procurent ces substances ne sont qu’ éphémère et laisse place à la violence, le désarroi, ce que nous pouvons contenir en nous, nos frustrations, nos revendications, nos angoisses ressurgissent. Après tout, la violence n’est que l’expression des émotions qui ne peuvent être exprimées par les mots. Violence conjugale, viol, bagarres, toutes ces atteintes à l’intégrité de la personne peuvent être largement évitées.

L’état, les écoles, les hôpitaux, la police… A qui doit on la sécurité de notre pays ?

Devrait on pas se responsabiliser et se prendre en main ? Doit on encore reporter la faute sur l’autre ?

Se conforter derrière des excuses ?

Après tout, chacun est libre de faire ses choix, libre de dire oui ou non, libre de trouver d’autres solutions pour palier à ce manque de confiance en soi, la liberté ne réside-t-elle pas dans le libre arbitre ? Suis-je vraiment libre quand je me ruine la santé et le portefeuille auprès de ces comportements à risques ?

Pour ma part, le sport est ma solution, le défouloir qui me permet de me vider la tête après une journée de travail, d’évacuer le stress accumulé, de me sentir tonique dans mon corps et de me redonner l’estime de soi. Je me suis découverte cette année, une passion pour l’apnée, sport considéré comme sport extrême car effectivement, s’arrêter de respirer est dangereux, mais tellement libérateur vu le lâcher prise qu’il faut avoir pour y parvenir. C’est par ces loisirs que l’envie d’arrêter de consommer de l’alcool pendant six mois m’est venue en début d’année, le challenge de ne pas toucher à une seule goutte d’alcool jusqu’en Juin ! Car, depuis que je suis en âge de consommer de l’alcool, il n’ y a pas eu un mois où cette boisson n’a pas fini dans mon corps. Il y a tant d’autres moyens d’exister que par ces attitudes qui seront un jour “as been”, que ce soit par l’activité physique, la peinture, la sculpture, la cuisine, la musique, l’écriture, les voyages… Tant de moyens de se  sentir libre. Cette prise de conscience m’est apparue soudainement évidente.

L’épanouissement, l’estime, la volonté et la détermination sont devenus mes alliés.

J’ai compris très jeune que dans la vie, soit tu décides de devenir ton propre ennemi soit de devenir ton meilleur ami.

La question est simple, ceci dit la réponse reste un long cheminement à avoir, un déclic à avoir un jour dans sa vie peut tout faire basculer, je l’espère pour les autres avant de déplorer un drame.

Maintenant, jouons à un jeu où je te tends une arme et te demande de jouer avec moi à la roulette russe, l’arme sur la tempe, prendrais tu le risque d’appuyer sur la gâchette et mettre fin à ta vie sur un coup de hasard ?

Mon instinct de survie me laisse penser le contraire et espère une prise de conscience nécessaire à la reconstruction que les individus de ce pays ont besoin afin de pourvoir construire un présent ensemble. Car n’oublions pas que la Nouvelle Calédonie est une terre de parole et que c’est pour ces raisons que nous nous devons de braver nos faiblesses pour pouvoir mériter la vie que nous attendions et laisser place au bonheur. »