Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile : de la prévention sur le terrain

BPDJ

La Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ) existe en Nouvelle-Calédonie depuis février 2017. Elle a été créée à la suite du Comité des signataires de 2016 qui a décidé de mesures afin de lutter contre la délinquance des mineurs. En Nouvelle-Calédonie en effet, 50 % des vols et des cambriolages sont commis par des mineurs et 25 % de la délinquance en général concernent des mineurs entre 11 et 15 ans.


L’Adjudante-chef Céline Cuvillier commande la brigade et c’est à elle, forte de son expérience dans ce secteur, qu’a été confiée la responsabilité de la créer. « La mission principale de la brigade, explique-t-elle, est de faire de la prévention auprès des mineurs. Dans ce cadre, notre cible principale, ce sont les collégiens, même si nous l’avons élargie aux lycéens et parfois aux grands du primaire, les CM2. » La brigade privilégie les rencontres avec les 10-15 ans, la tranche d’âge principalement concernée par la délinquance des mineurs. Pour remplir la mission, les gendarmes de la brigade se déplacent dans les établissements scolaires, « nous sensibilisons les jeunes sur des thèmes que l’on a arrêtés avec les chefs d’établissements, précise l’Adjudante-chef Céline Cuvillier, à savoir : les violences dans toutes leurs formes, le cyber-harcèlement, les dérives d’Internet et des réseaux sociaux, la justice des mineurs, l’alcool et la drogue. » La Brigade intervient en zone gendarmerie, c’est-à-dire la Grande Terre, les îles et l’agglomération. À Nouméa, la mission de prévention est confiée à la Police Nationale. « Au début, raconte l’Adjudante-chef Céline Cuvillier, nous étions 6, mais comme la demande et les besoins sont importants, une antenne de la brigade a été créée à Koné et maintenant nous sommes 12. Nous intervenons à la demande des établissements scolaires. »

Être à l’écoute des jeunes

La BPDJ intervient de deux manières. D’abord pour faire de la prévention auprès des jeunes. Ensuite pour effectuer ce que l’Adjudante-chef Céline Cuvillier appelle les interventions réactives. « Nous intervenons, dit-elle, lorsqu’il s’est passé quelque chose dans un établissement, comme l’introduction de cannabis ou des faits de harcèlement. On rencontre alors l’auteur des faits, la victime voire la classe si c’est un phénomène de groupe. On peut voir aussi les parents. » Mais comment les jeunes appréhendent-ils ces rencontres ?  « Ils se montrent très ouverts avec nous. Les cas où cela ne se passe pas bien sont très isolés et s’apparentent plus à de la provocation. Contrairement à ce que pense l’opinion, les jeunes parlent aux gendarmes et peut-être même plus facilement qu’à d’autres personnes. Cela crée du lien avec les forces de l’ordre et rencontrer les jeunes, c’est notre quotidien. Le fait que l’on prenne le temps avec eux est important, ils ont besoin qu’on s’intéresse à eux et qu’on les écoute. Parfois à la fin d’une séance, des jeunes restent et se confient. Ils nous demandent de l’aide. Il faut créer avec eux ce lien de confiance. » Les gendarmes de la brigade rencontrent les jeunes dans les établissements, à la brigade ou dans d’autres lieux. Dans le cadre de la lutte contre la délinquance des mineurs, quelle part tient la brigade ? « On ne mesurera pas l’efficacité de la brigade en chiffre, parce que l’efficacité de la prévention ne se mesure pas, confie l’Adjudante-chef Céline Cuvillier. Ce que je peux dire toutefois, c’est que l’année dernière on a vu entre 11 et 12 000 jeunes ». Pour elle, c’est la mobilisation et l’action de tous qui permettront de faire baisser la délinquance des jeunes.

Faire que les jeunes soient des acteurs

Le but des BPDJ est de faire en sorte que le jeune ne devienne pas un délinquant et dans le même temps, éviter la récidive. Pour mener à bien ce travail, les hommes et les femmes de la brigade ont mis sur pied une organisation et des moyens. « On est parti de zéro, explique l’Adjudante-chef Céline Cuvillier, et nous avons tout construit ici. Nous avons fabriqué nos propres outils. On tend de plus en plus sur la mise en œuvre d’outils pédagogiques qui rend les jeunes acteurs. Il ne faut pas que les jeunes soient passifs devant nous. » Lors de ses interventions, la brigade explique la loi et alerte les jeunes sur les risques qu’ils prennent pour plus tard. « On met les jeunes en situation et on les fait réfléchir, précise l’Adjudante-chef Céline Cuvillier, c’est dans ce cadre que nous les faisons assister à des audiences au tribunal, ils rencontrer des magistrats. Ils apprennent beaucoup de choses. On représente la loi, mais on vient avec bienveillance. On fait de la prévention, pas de la répression. Le travail d’empathie est aussi très important ».  On est loin du cours magistral sur la délinquance ou la sécurité, « dans nos interventions, insiste l’Adjudante-chef Céline Cuvillier, on chasse aussi les idées reçues comme celle de croire que parce qu’ils sont mineurs, ils n’iront pas en prison et que c’est leurs parents qui iront à leur place. » Pour mener ce travail à bien, il faut donc des gens formés et aguerris, « on ne peut pas arriver dans ce type d’unités sans une bonne expérience de gendarmerie, précise l’Adjudante-chef Céline Cuvillier. On s’appuie sur notre connaissance du terrain et notre formation. »

Les causes de la délinquance

C’est toute la question. Pour Marie Wazue, adjointe au commandant de brigade, « la société évolue très vite. Autrefois, on savait ce qu’il était possible de faire et ce qui ne l’était pas, je n’avais pas besoin que mon père me le dise. Néanmoins, on sent une prise de conscience chez les jeunes, ils savent à quoi s’attendre. Avant nos interventions, beaucoup croyaient qu’ils étaient impunis. » Les causes sont multiples, sociales, économiques, sociétales, mais les gendarmes mettent surtout en avant la perte des repères. « Il y a une perte du respect, explique l’Adjudante-chef Céline Cuvillier, le respect de l’autorité, de la coutume, des parents qui sont dépourvus de solutions pour tenir leurs enfants. Mais il faut voir aussi dans quel milieu certains jeunes vivent, on voit parfois des parents qui s’en fichent qui ne savent pas où sont leurs enfants la nuit. La parentalité est un vrai sujet. » À raison, les Calédoniens s’inquiètent de cette montée de la délinquance chez des mineurs, des enfants.