« Nous ne sommes jamais plus heureux que dans l’empathie et la coopération »

NON VIOLENCE

Jean-François Bernardini, leader du groupe corse I Muvrini, vient de passer quelques jours en Nouvelle-Calédonie. Non pas pour un concert, mais pour des conférences sur un sujet pour lequel il milite depuis des années : la non-violence. Il a accepté de répondre aux questions de #ZéroTolérance.


Quelle est la teneur du discours que vous tenez lors de vos conférences ?

Jean-François Bernardini : Je parle de non-violence, c’est-à-dire une inconnue, quelque chose que l’on réduit souvent à une idée de bisounours, une sorte de lettre au père Noël, une idée contre-nature. Or ce que nous disent les neurosciences aujourd’hui, c’est que non seulement la violence est une violation de notre nature, mais c’est la non-violence qui est notre équipement de vie et qui est inscrite dans notre disc dur. Donc nous sommes beaucoup plus non-violents que violents. Nous sommes plus aptes à la compassion, au respect, à la coopération que des êtres fatalement exposés, victimes et acteurs de violence. Il faut nous remettre dans notre équipement biologique, mais nous sommes dans un monde où nous sommes tous contaminés par 8000 ans d’histoire. C’est la force et la violence qui sont sacralisées, « si tu veux te faire respecter, il faut frapper ». La violence est banalisée et elle est à tous les niveaux aujourd’hui, l’industrie du divertissement y contribue largement. On ne fait plus de pub pour le tabac à la télé, mais la pub pour la violence est omniprésente. La non-violence nous propose autre chose, un autre paradigme pour exister, pour vivre ensemble et pour réguler nos conflits d’une manière beaucoup plus intelligente.

Proposez-vous des outils pour y parvenir ?

J.-F. B. : Le premier outil dont dispose l’être humain, ce sont les mots. Et avec des mots tu peux déclencher des guerres comme tu peux bâtir le paradis. À nous de choisir. Il y a de la malbouffe pour le corps, mais il y a aussi de la malbouffe verbale, comportementale et mentale. Nous en sommes tous les dépositaires et les véhicules. La manière dont on se parle, dont on s’exprime, dont on exprime nos besoins, la manière toxique de nous exprimer dans le monde fait énormément de dégâts dans nos vies personnelles, professionnelles et publiques. Déjà, faire ce travail de détox sur les mots, c’est le début d’une transformation. C’est ce que propose la communication non violente, c’est-à-dire une approche plus bienveillante. En changeant les mots, on change le monde.

Est-ce que le discours que vous tenez en Nouvelle-Calédonie est le même que celui que vous avez dans d’autres régions ?

J.-F. B. : Absolument, la violence contamine le monde entier. L’histoire nous dit que la priorité doit être donnée à la violence, que la violence est une fatalité et on le ressent bien ici comme ailleurs. Il y a sans doute ici des codes différents, il y a une histoire en Nouvelle-Calédonie, des blessures. Je trouve que l’outil positif et bienveillant de la non-violence est précieux, y compris dans la société calédonienne.

Mais comment trouver les justes mots ?

J.-F. B. : Il faut s’équiper pour la vie dans un monde qui nous équipe plutôt pour la mort. Si vous ne connaissez que le marteau, vous transformez tous vos problèmes en clous. Mais en vérité, tous nos problèmes ne sont pas des clous sur lesquels il faut taper. Il s’agit de se donner des outils essentiels pour réguler le conflit de manière apaisée et ne pas tomber dans l’impasse de la violence, car la violence est un mensonge, elle prétend régler les problèmes, mais n’en règle durablement aucun.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes pour être suffisamment équipés ?   

J.-F. B. : La colère est une énergie merveilleuse, c’est une réaction saine. Il est normal quand je vois l’injustice que je sois en colère. La question est de savoir quoi faire de sa colère. Est-ce que parce l’on est en colère, il faut s’en prendre à l’autre et le frapper ? Non, il faut transformer la colère. La colère c’est comme l’électricité, ça peut nous éclairer, mais si tu mets deux doigts dans une prise, c’est une catastrophe. Il faut transformer la colère en quelque chose de positif, il ne faut pas la transformer en violence, mais en force positive, c’est le conseil que je donne à tous.

Vous avez eu des échanges avec les jeunes calédoniens, quel est votre ressenti ?

J.-F. B. : Ce que j’ai ressenti, c’est état de grâce. J’ai vu combien la boussole de la non-violence les intéresse. Des jeunes de 4e qui restent quasiment trois heures sans toucher un portable et qui écoutent avec une attention et une conscience incroyable, ce sont des signes. Ça veut dire que ça correspond à une soif, à une famine et ils sont sortis de là, d’une certaine manière, transformés. Parce que ça les reconnecte avec notre disc dur empathique. L’empathie fait des miracles, sauf que les forces qui détruisent l’empathie sont aujourd’hui extrêmement puissantes. Mais nous ne sommes jamais plus heureux que dans l’empathie et la coopération.