Le Bureau d’Aide aux Victimes : « Nous informons notamment les victimes de la nécessité de porter plainte. »

BAV

Installé dans les locaux du commissariat central de Nouméa, le Bureau d’Aide aux Victimes existe depuis une dizaine d’années. Il est composé du capitaine de police Sylvia, d’une psychologique clinicienne, Anne-Cécile et de Laurence, intervenante sociale du CCAS de la Ville de Nouméa. C’est cette complémentarité qui en fait sa force et son efficacité. 


Être à l’écoute, conseiller, informer, accompagner, se tenir aux côtés des victimes, et les orienter ; ce sont les missions principales du BAV qui en 2018, a reçu plus de 600 personnes. « On reçoit toutes les victimes quelle que soit la nature de l’infraction et qu’il y ait ou non une procédure judiciaire », explique la capitaine de police Sylvia, responsable du BAV. Mais la part prédominante de notre activité reste l’accueil et la prise en charge des femmes battues, elles représentent 60 % environ de nos entretiens physiques. Nous prenons en compte également tout aussi bien les atteintes aux personnes et aux biens, les problèmes de voisinage, les abus de faiblesse, de confiance, les escroqueries, les affaires de stupéfiants… » Le Bureau d’Aide aux Victimes traite notamment l’urgence aussi bien des personnes qui souhaitent déposer plainte ou qui ont déposé plainte, que des personnes qui réclament de l’aide ou sollicitent de simples conseils. Toutes bénéficient d’une prise en charge spécifique et sont reçues en toute discrétion. Ce qui est dit ou révélé dans le bureau restera totalement confidentiel.

Une écoute privilégiée et une prise en charge spécifique

La mission première du Bureau d’Aide aux Victimes est l’accompagnement des victimes. Depuis quelques années, il a étendu sa mission à la prise en charge des auteurs de violences conjugales s’ils souhaitent être reçus. Cet entretien permet d’essayer d’accompagner les auteurs vers le soin afin de prévenir la réitération des faits reprochés. Les statistiques montrent d’ailleurs que 90 % des auteurs reçus au bureau se sont ensuite présenté au moins une fois au Relais de la province Sud, le centre de traitement des violences conjugales et intra-familiales. « L’écoute, insiste Laurence, est très importante. C’est une écoute privilégiée et active qui va permettre à la victime de libérer les tensions par la parole. Bon nombre des personnes reçues arriveraient bien souvent démunies, dans une grande détresse parfois masquée et sembleraient sans perspective, et cela peut donner un discours très confus. On va donc l’aider à restituer les faits et cette écoute va également permettre à la personne si elle le souhaite de faire une déposition de qualité à l’issue. » Le Bureau va également informer les victimes sur le déroulement et l’avancement des procédures judiciaires. « Les victimes peuvent éprouver des difficultés à exercer leurs droits en raison d’une méconnaissance du fonctionnement judiciaire ou du traumatisme qu’elle a pu subir lors d’une agression, souligne Laurence, nous faisons en sorte de rendre la justice plus accessible. Nous leur expliquons comment ça se passe, quelle est la durée du traitement judiciaire, il faut les préparer au fait que cela peut être long, que cela passera peut-être par une confrontation judiciaire si c’est nécessaire. On va également leur présenter les possibilités de recours, comme l’accès à l’aide judiciaire et la constitution de partie civile. » Il est important d’expliquer aux victimes la nécessité de porter plainte et qu’elle puisse s’en approprier les fonctions, car la réparation personnelle peut passer par une reconnaissance du statut de victime.

Déposer plainte

Suite aux campagnes d’information et de sensibilisation, le Bureau d’Aide aux Victimes a constaté ces dernières années, une augmentation sensible du nombre de procédures diligentées en matière de violences par conjoint. Les femmes battues ont moins peur de dénoncer les faits de violences conjugales répétées. De plus, les victimes connaissent désormais mieux les structures d’aide et de prise en charge. Toutefois, nombre de femmes hésitent à porter plainte contre l’auteur des violences, souvent leur conjoint ou leur compagnon. Ceci peut s’expliquer par un sentiment de honte et de culpabilité qu’elles peuvent ressentir, de même qu’elles ont parfois peur de perdre la garde de leurs enfants ou de se retrouver dans la précarité. La mission du bureau est alors d’apporter tous les éléments d’information à la victime pour qu’elle prenne une décision en connaissance de cause. « Déposer plainte, explique Laurence, permet aux victimes de regagner le respect d’elles-mêmes. Par cette action de déposer plainte, la victime se signifie à elle-même qu’elle n’accepte plus la violence qu’elle subit. Le dépôt de plainte peut être la première étape à la réparation personnelle. C’est aussi une manière de se protéger en portant les faits à la connaissance de la justice qui va lancer une procédure et des investigations. Enfin la plainte peut permettre à l’auteur présumé des faits de prendre conscience de ses actes et de ses conséquences. En effet, pour l’auteur, la plainte créée un précédent, il est désormais connu des services de police et de la justice. Il a été convoqué, entendu et c’est parfois suffisamment dissuasif pour l’empêcher de recommencer. » Une fois la plainte déposée et instruite, les victimes, dans le strict respect du droit, sont informées de l’avancée de la procédure. Par ailleurs, l’aide de la psychologue est souvent requise, « la prise en charge est proposée aux victimes qui le souhaitent, explique Anne-Cécile, psychologue clinicienne, c’est vraiment un espace d’écoute qui leur est dédié et cela peut s’étaler sur quatre ou cinq séances. À la suite de ces entretiens, une orientation est proposée en fonction de la demande de l’intéressé, une orientation personnalisée et adaptée à chaque situation. »

Un réseau de partenaires

Au cours des années, le Bureau d’Aide aux Victimes a développé un large réseau de partenaires associatifs et institutionnels. « De cette manière, explique Sylvia, les victimes bénéficient d’une prise en charge adaptée qu’elle soit juridique, psychologique ou sociale. Ce réseau nous sollicite même régulièrement pour accompagner les victimes vers le dépôt de plainte. » Et ainsi, cela évite à la victime d’être redirigée de service en service, ou de ne pas savoir où aller chercher les informations. « Nous jouons aussi le rôle de centre d’information, précise Sylvia. Nous sommes au carrefour de la prise en charge des bénéficiaires, mais c’est vraiment la mobilisation de l’ensemble des partenaires qui permet d’améliorer la prise en charge des victimes, leur réinsertion dans un cadre de vie positif et de la rendre efficace. Cela permet d’éviter que les faits, ayant conduit les victimes au commissariat central, ne se reproduisent. »


Bureau d’Aide aux Victimes

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