Cannabis : « il entraine une modification de la perception de la réalité »

Joint

Dans le cadre de la prévention sanitaire, les campagnes de sensibilisation se multiplient au sujet du cannabis et de son usage. La prochaine campagne de #ZéroTolérance en fera d’ailleurs état. Nous avons fait le point avec Emmanuel Rivet de Déclic, psychologue du service de consultations en addictologie de l’Agence Sanitaire et Sociale chargé d’accueillir les jeunes de 12 à 25 ans, consommateurs d’alcool, de cannabis, de tabac…


Les méfaits du cannabis sont nombreux et pourtant certains disent / prétendent que le cannabis n’est pas plus nocif que le tabac ? « Certes le tabac contient des produits toxiques, rajoutés par les fabricants que l’on ne retrouve pas dans le cannabis, mais la fumée de ce dernier contient aussi des substances cancérigènes. Certaines études récentes montrent même que la fumée d’un joint d’herbe pure dégage 6 à 7 fois plus de goudron et de monoxyde de carbone que celle du tabac », répond Emmanuel Rivet.

Mais les problèmes liés à l’usage du cannabis ne sont pas seulement là explique Emmanuel de l’équipe Déclic. « Le cannabis est un produit psychotrope, il modifie le fonctionnement du cerveau. Contrairement au tabac, il entraine une modification de la perception de la réalité, de l’humeur et de la conscience et peut engendrer chez certaines personnes des idées délirantes, de persécution et entrainer des bad trips. Les jeunes peuvent être touchés par ce que l’on appelle une psychose cannabique, c’est un état confusionnel de la pensée avec parfois des hallucinations visuelles ou auditives. » Le responsable, c’est le THC contenu dans le cannabis, or le cannabis calédonien contient un taux de THC particulièrement fort, c’est un produit « hyper dosé » particulièrement à risque sur le plan de la santé mentale et susceptible de favoriser le développement de certaines maladies comme la schizophrénie.

La dépendance au cannabis

Si l’on peut se défaire plutôt rapidement de la dépendance physique à un produit, cela devient plus compliqué pour la dépendance psycho-comportementale qui crée des habitudes. Des conditionnements dont il est difficile de se débarrasser. « Le cannabis, précise Emmanuel, crée une forte dépendance psychologique notamment chez les gros consommateurs, qui se manifeste par ce que l’on appelle le “craving” cette forte impulsion à vouloir fumer parfois très difficile à contenir et qui va générer des pertes de contrôle. Le craving est très présent avec l’usage régulier du cannabis et pour s’en débarrasser c’est aussi difficile que pour les autres drogues. » Le craving, du verbe anglais « to crave » qui signifie « avoir terriblement besoin », peut survenir à n’importe quel moment et peut persister des semaines, voire des mois, après l’arrêt de la substance. Il y a cependant des solutions et on peut se faire aider.

Les facteurs de risque

Ils sont principalement de trois ordres : la précocité, la régularité et la quantité.

Plus on commence jeune à consommer du cannabis et plus les risques de santé et de devenir accro augmentent. Ils augmentent d’autant plus que l’on consomme de manière régulière et de façon intense.

Dès lors les problèmes peuvent être importants. « Il y a des dommages cognitifs, des atteintes du cerveau. La mémoire est altérée ainsi que la concentration, l’attention et la motivation sont fortement diminués. Ça pose de vrais problèmes aux jeunes dans leurs études et c’est un gros facteur de déscolarisation aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie. Parfois le jeune arrête l’école, le sport, les loisirs, insiste Emmanuel, il n’a plus envie de voir les autres, l’essentiel de son activité tourne autour de la consommation de cannabis. Ça peut prendre toute la place. La consommation de cannabis, ça fout en l’air bien des projets. Pour un jeune confronté à ce problème, ça devient très compliqué d’avancer dans la vie, c’est un frein à la réussite, à l’insertion professionnelle. Les jeunes ont des envies, mais n’ont plus les moyens d’y répondre. »

La diminution de la vigilance, des réflexes et la modification des perceptions sensorielles font quant à elles que bien des activités du quotidien deviennent dangereuses sous l’effet du cannabis. Ainsi au travail ou lorsque l’on prend le volant, le cannabis est un facteur d’accident important. En 2018, sur les routes de Nouvelle-Calédonie dans près de 1 accident mortel sur 2, il y a présence de cannabis. Le ratio exact en 2018 c’est que dans 40 % des accidents mortels en 2018, il y présence de cannabis et dans 70 % il y a présence d’alcool et/ou de stupéfiants.

Se motiver pour en sortir

En Nouvelle-Calédonie, si l’on souhaite être aidé, il est possible d’être accompagné par des médecins, des psychologues ou des services spécialisés comme Déclic ou le Centre de Soin en Addictologie pour adultes. « Pour s’en sortir, affirme le psychologue de Déclic, la première des choses c’est d’avoir une bonne motivation personnelle, c’est la clé pour y arriver ! et il faut avoir une vraie croyance en sa capacité d’y arriver et se construire un contexte favorable pour pouvoir changer ses comportements, ses habitudes, ses relations et ne pas hésiter à en parler ! »


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