Comité pour la promotion de la santé sexuelle : parler de sexualité est bénéfique

COMITÉ

Après avoir été intervenante, Amélie Gauquelin est depuis deux ans directrice opérationnelle du Comité pour la Promotion de la Santé Sexuelle (CP2S). Elle agit notamment auprès des jeunes pour informer et orienter, une action majeure qu’elle nous détaille pour #ZéroTolérance.


Qu’est-ce qu’on entend par santé sexuelle ?

Amélie Gauquelin : La santé sexuelle est définie par l’OMS, c’est une définition assez complexe qui prend en compte la globalité de la personne. « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité, ce n’est pas seulement l’absence de maladie, de dysfonctionnement ou d’infirmité. La santé sexuelle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires, sans coercition, ni discrimination et ni violence. […] ». Avoir une bonne santé sexuelle, c’est être bien dans sa tête, dans son corps, bien dans sa vie affective, dans sa relation aux partenaires pour avoir une sexualité épanouie.

Pourquoi votre association a-t-elle vu le jour ?

A.G. : C’est une association de loi 1901 qui a été créée en 1992, elle s’appelait à l’époque le Comité de Lutte contre le Sida. La volonté a été de parler de santé sexuelle de façon beaucoup plus générale, d’où le changement de nom intervenu en 2011. On ne fait pas que parler du VIH et des IST (Infections Sexuellement Transmissibles) au quotidien, on informe aussi sur la contraception, les grossesses non désirées, tout ce qui concerne la vie sexuelle et affective, la violence, le consentement, le respect.

Est-ce parce qu’en Nouvelle-Calédonie la situation est plus délicate ou difficile qu’ailleurs ?

A.G. : Elle est un peu particulière sur différentes thématiques. Nous sommes ainsi très touchés par les IST, parce que le taux de certaines IST est ici 6 fois supérieur à celui de la métropole et que nous détenons le triste record du Pacifique. En Nouvelle-Calédonie, le VIH n’est pas plus présent qu’ailleurs, ce qui n’est pas le cas en revanche pour les chlamydiae, les gonocoques et la syphilis (actuellement en recrudescence !). En Calédonie, plus d’1 jeune sur 4 entre 16 et 25 ans sexuellement actif est porteur de chlamydiae, c’est énorme ! Ce sont des infections dont on entend moins parler, mais elles font beaucoup de dégâts, dont la stérilité. Il est sans cesse important de rappeler les IST provoquent rarement des symptômes, que le préservatif est essentiel pour se protéger et qu’il faut se faire dépister en cas de prise de risque même si la personne n’a pas de signe. On travaille aussi beaucoup sur la grossesse non désirée, en informant sur les moyens de contraception et sur ce qu’il est possible de faire en cas de rapport à risque et de grossesse non désirée et où aller pour être prise en charge. Nous agissons enfin sur tout ce qui concerne le consentement, le respect, car il y a beaucoup de violences, de violences sexuelles. La notion de consentement doit être souvent travaillée avec les jeunes, comprendre ce qui est du vrai consentement et ce qui n’en est pas, mais aussi apprendre à dire non.

Quel genre d’actions menez-vous ?

A.G. : Les locaux de notre association sont ouverts tous les jours de 8 h à 17 h. Donc on peut venir pour discuter de ses difficultés, pour s’informer. Nous réalisons aussi des tests de grossesse gratuits et notre rôle est d’orienter le public lorsqu’une prise en charge s’avère nécessaire. Mais la majeure partie de nos actions se déroule à l’extérieur, nous faisons énormément d’interventions en milieu scolaire, de la 4e à la Terminale, mais également auprès des BTS, des formations professionnelles, à l’Université… Nous tenons également des permanences dans les maisons de quartier (Nouméa) et sommes présents lors de diverses manifestations culturelles ou sportives pour informer le public et faire de la prévention.

À quelles difficultés êtes-vous confrontés ?

A.G. : Ce n’est pas vraiment une difficulté, mais il y a beaucoup de fausses idées dues à des méconnaissances. Les jeunes ne vont pas toujours chercher les renseignements là où il faudrait, notre objectif est donc d’apporter la bonne information. Notre combat au quotidien est aussi mené sur l’utilisation du préservatif, il faut rappeler constamment que c’est le seul moyen de protection contre les grossesses non désirées et les IST.

Quels sont les principaux risques auxquels les jeunes sont confrontés ?  

A.G. : La non-utilisation du préservatif associé à une absence de dépistage explique le fort taux d’IST. Lorsqu’un jeune veut se faire dépister, cela commence par un entretien. Ces questions sur la vie sexuelle peuvent parfois être gênantes, mais elles sont essentielles pour définir le dépistage le plus adapté à chaque situation. Le jeune sera d’ailleurs mis à l’aise par le médecin. Une personne doit se faire dépister si elle a eu un rapport sexuel à risques (non ou mal protégé), si elle a remarqué certains signes comme des rougeurs, des brûlures, des démangeaisons dans les zones génitales, si elle est en couple stable et souhaite ne plus utiliser de préservatif ou tout simplement si elle a une inquiétude vis-à-vis des IST.

Les statistiques sur le nombre de grossesses non désirées semblent importantes, est-ce que vous confirmez ?

A.G. : Oui, elles sont nombreuses puisque d’après l’ASSNC, 1 femme sur 5 a réalisé une Interruption Volontaire de Grossesse et le taux est particulièrement élevé chez les 16-30ans. La principale cause des grossesses non désirées est l’absence de contraception.

Les jeunes ont-ils conscience de ce qu’est un comportement à risque ?

A.G. : Pas toujours. C’est d’ailleurs ce que certains nous disent lors des interventions que nous menons. Le tabou autour de la sexualité, le manque de connaissances (notamment sur les IST et leurs conséquences), les fausses idées autour de la sexualité, mais aussi la consommation d’alcool ou de drogues (cannabis) sont responsables de comportements à risques : non-protection, violences.

La contraception est-elle bien connue des jeunes ?

A.G. : Oui, elle est plutôt bien connue dans la théorie, mais ce qui est le plus difficile, c’est de passer le pas et d’aller consulter pour avoir un moyen de contraception sur prescription. Ceci est souvent dû à la peur de la consultation gynécologique avec l’idée de devoir se dénuder devant un médecin ou une sage-femme (il est alors important de savoir que dans la plupart des cas un examen physique ne sera pas nécessaire pour la prescription de la contraception). Certains ignorent également qu’il est possible de prescrire une contraception gratuitement dans les dispensaires ou au CCF (Nouméa) ou encore que la contraception peut être prescrite à une mineure même sans la présence d’un parent.

Quelle est l’image qu’ont les jeunes de la sexualité ?

A.G. : La notion d’une sexualité récréative de plaisir aujourd’hui est intégrée, car on a les moyens de se protéger. Mais dans cette sexualité, il y a quand même l’impact de la pornographie sur les jeunes. Aujourd’hui, certains jeunes se tournent vers la pornographie comme un livre de recettes de la sexualité et cela entraine certains comportements à risque et beaucoup de fausses idées sur le rapport sexuel et la vie affective. Il y a des jeunes qui disent clairement que pour savoir comment faire, ils ont regardé de la pornographie et que pour eux, c’est un modèle. Notre rôle est donc de les alerter et de leur rappeler que ce n’est pas un guide de la sexualité. Il y a aussi la difficulté pour les parents d’oser parler avec leurs enfants des dangers d’Internet et de la thématique de la sexualité. De nombreuses études montrent de façon scientifique, que les jeunes qui ont suivi des séances de prévention ou ont reçu une éducation à la sexualité et à la vie affective avaient une entrée plus tardive dans la sexualité et des comportements moins à risques. Parler de la sexualité est donc bénéfique.


Comité pour la Promotion de la Santé Sexuelle 

14 rue Frédéric Surleau – Nouméa

Tél. 28 63 38 – www.sexo.nc