Éric : « Je n’ai pas gagné une bataille, j’ai gagné une guerre !

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Témoigner que l’on a été confronté à un problème d’alcoolisme, ce n’est pas facile. Il faut du courage pour surmonter sa honte et accepter d’en parler. Éric n’en manque pas. Il lui tient à cœur de raconter son histoire, comment il a surmonté cette difficulté et combien l’alcoolisme est une maladie, et qu’il est possible de s’en sortir.


Éric côtoie l’alcool depuis un bon moment. Sa première épouse était alcoolique, et après leur séparation, il s’est retrouvé seul pour élever ses enfants. Un rôle pas facile lorsqu’on est très occupé professionnellement. À cette époque, il consomme de l’alcool au même niveau que tout le monde, un peu et de temps en temps. Puis les enfants grandissent, Éric retombe amoureux, et pourtant : « on a commencé tout simplement par boire de façon mondaine, raconte-t-il, mais assez régulièrement lors de fêtes entre copains, et puis c’était quasiment tous les week-ends. Et cela a duré plusieurs années. J’avais pourtant le sentiment à l’époque de savoir gérer la situation, de ne jamais arriver à l’ivresse. » Mais dans la réalité, Éric ne contrôle rien.

« Et puis petit à petit, dit-il, on boit du vin tous les soirs, un verre, puis parce qu’on discute, la bouteille. Déjà j’avais l’impression de tomber dans une forme d’alcoolisme. Le week-end même s’il n’y avait pas de soirée, on allait consommer le même nombre de bouteilles. » Et d’ajouter : « Il y avait toujours un bon prétexte, insidieusement, petit à petit, je me suis rendu compte que je buvais trop. Et cela jouait sur mon comportement et sur mon physique.» Une nouvelle séparation va précipiter Éric dans une vraie descente aux enfers. « J’ai commencé à boire de plus en plus. J’y trouvais un espace, une bulle protectrice, faussement protectrice. J’avais pleinement conscience de cela, je me disais qu’il fallait que je m’arrête, mais je n’y arrivais pas. »

Une vraie descente aux enfers

« J’ai commencé très rapidement à boire dès le matin jusqu’au soir. Toute la journée j’avais besoin de cet alcool jusqu’à ce que cela devienne à la limite du delirium tremens (symptôme du manque), je tremblais de la tête aux pieds, impossible de marcher correctement jusqu’à ce que j’ai bu mon verre de vin. Au travail c’était devenu brouillon, ce n’était plus moi. Mes amis me voyaient sombrer et s’inquiétaient. »

Cette autodestruction, Éric en avait conscience, c’était presque la solution la moins pire à son mal-être amoureux : « Je l’ai vu comme un manque de courage à une fin désirée. » Il se rend compte cependant que ce n’était pas uniquement sa vie qu’il mettait en jeu : « Je mettais en danger ma vie et la vie d’autrui tous les jours, car je prenais le volant pour aller au travail, c’était du grand n’importe quoi et ce n’était pas moi, explique-t-il. Le problème, c’est qu’on ne fait pas du mal qu’à soi-même, on en fait surtout à son entourage. On est tellement concentré sur soi-même qu’on oublie les autres, voilà un autre effet néfaste de l’alcool. »

Stop : on arrête tout !

Le déclic est venu du regard des autres sur lui, et par voie de conséquence de son propre regard sur lui-même. « Je ne me supportais plus, je me suis fait peur. Et là j’ai dit Stop. À l’idée de se détruire, arrive soudain l’idée profonde de se reconstruire. Et c’est par ça que j’ai fait la démarche de contacter le Centre de Soin en Addictologie. Cela m’a paru le plus adapté à ce que j’avais. L’aide est très simple, elle démarre par une prise en charge médicamenteuse. Il y a aussi des rendez-vous chaque semaine, puis toutes les deux semaines, aujourd’hui j’en suis à un rendez-vous toutes les trois semaines. Ces gens sont là pour nous aider et ils font un boulot formidable il faut bien le dire. »

Cette prise en charge est nécessaire, tant il est très difficile de s’en sortir seul. Éric ne fait pas mystère que les premières semaines de sevrage ont été très compliquées, Éric s’est accroché et cela a marché. « Sueurs froides, tremblements, il ne faut pas lâcher l’affaire… Et petit à petit les tremblements se limitent aux mains, le traitement s’adapte. Puis les tremblements cessent, on se regarde différemment. » Éric insiste sur le fait que : « Cela a été une souffrance énorme, j’ai mesuré à quel point j’ai massacré mon personnage, l’image que je donnais aux autres. Aujourd’hui si mon témoignage peut en aider quelques-uns à aller voir le Centre de Soin en Addictologie… ».

Une envie de vie

Aujourd’hui Éric se sent mieux, 3 mois sans alcool, il tente même d’arrêter la cigarette et va commercer le yoga. « Le gain est le regard qu’on porte sur soi-même. Je m’enfermais dans cette bulle nauséabonde et destructrice, aujourd’hui j’ai l’impression d’être moi, avec une soif de vivre, une soif de reconstruire et une soif d’être hyper actif. » Ce n’est pas par hasard s’il conclut : « Je suis très fier de ce que j’ai fait. »

 

Centre de Soin en Addictologie

1 bis rue du Général Gallieni, Nouméa – Tél. 24 01 66