Patricia Bourgade, assesseur citoyen : « la délinquance actuelle est beaucoup plus violente, la jeunesse est sans repères »

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Depuis un an, Patricia Bourgade est assesseur au tribunal de première instance. Après avoir effectué toute sa carrière dans l’enseignement primaire, puis à la direction de l’école Frédéric Surleau, Patricia est aujourd’hui à la retraite. Toujours très active, elle s’est fortement engagée au sein du mouvement citoyen #ZéroTolérance et au travers son mandat d’assesseur. La jeunesse calédonienne demeure un de ses centres d’intérêt et elle continue donc concrètement à s’en préoccuper.


Pouvez-vous nous rappeler le rôle d’un assesseur ?

Un assesseur est une personne de la société civile qui travaille auprès de la justice. Il siège au tribunal de première instance, aux côtés de trois magistrats professionnels (le président du tribunal, actuellement il s’agit d’une présidente, et de deux autres magistrats juges). Nous sommes là pour juger, pour définir l’éventuelle culpabilité d’un prévenu et sur la peine qu’il peut encourir. L’assesseur citoyen peut statuer sur les délits tels que les atteintes aux personnes, les vols avec violence ou non, les agressions sexuelles, les destructions et dégradations de biens. Il peut donc de façon collégiale condamner une personne à une peine privative, c’est-à-dire la prison, ou à une peine restrictive que sont la liberté conditionnelle, le sursis, le sursis avec mise à l’épreuve…

Qu’apportez-vous aux professionnels de la justice ?

D’abord et avant tout une meilleure approche de la culture calédonienne, kanak, celles de nos différentes origines, les us et coutumes de chacun. Et on ne peut que se féliciter de ce rapprochement entre la justice et la société civile, la justice paraît peut-être ainsi plus abordable. C’est vraiment une spécificité calédonienne qui existe depuis les accords de Matignon. On est là pour apporter notre regard et notre connaissance culturelle.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce rôle ?

Le fait que l’idée que je me faisais de la justice ait changé. Trop souvent, et parce que l’on ne sait pas, on a tendance à dire que la justice est trop laxiste. Finalement quand on connait les tenants et les aboutissants, on se dit que la justice calédonienne n’est pas si laxiste. Je pense vraiment qu’elle fait bien son travail. Contrairement à ceux qui travaillent au sein de la justice, on n’est juste pas au courant du passé du prévenu, de son enfance, de son environnement et de sa situation.

Quel est votre regard sur la jeunesse calédonienne ?

Il y a une partie de la jeunesse qui s’en sort bien en Nouvelle-Calédonie, qui souhaite s’en sortir, et en tout cas les femmes. Des jeunes filles qui veulent prouver qu’effectivement elles ne dépendent plus financièrement d’un homme. Mais il y a aussi une autre partie que je trouve complètement désœuvrée, plus violente qu’avant. J’ai l’impression qu’avant c’était une jeunesse pour laquelle les notions de rigueur, de travail, du goût de l’effort, la bienveillance avaient de l’importance. Les jeunes aujourd’hui n’ont plus honte de mal faire.

Mais cette délinquance a toujours existé…

Bien sûr qu’il y a toujours eu de la délinquance, mais je trouve que la délinquance actuelle est beaucoup plus violente, la jeunesse est sans repères, et quand je parle de repères, je parle de valeurs. Il n’y a plus de notion d’effort, elle s’est perdue. Les parents couvrent leurs enfants au lieu de leur inculquer ce qui est bien ou ce qui est mal. Si vous ne mettez pas de limites, ce n’est pas bon. Il ne faut pas me faire croire qu’un enfant n’aime pas un cadre à partir du moment où cela lui est expliqué.

Comment pourrait-on expliquer cela ?

Beaucoup de jeunes n’ont pas de projet, on ne leur a pas appris le goût de l’effort.

Vous prenez part régulièrement aux manifestations du mouvement citoyen #ZéroTolérance, que pensez-vous des actions et des messages véhiculés par le mouvement ?

Je trouve que ce style de mouvement interpelle la jeunesse en s’attaquant notamment à la préadolescence, ceux qui sortent de primaire et qui vont attaquer le collège. Ce mouvement souhaite faire changer les habitudes, faire adopter des comportements autres que ceux qu’ils peuvent voir chez eux : taper maman, un papa ivre… Et l’on sait que le jeune va avoir tendance à reproduire ce qu’il voit chez lui, il faut donc réagir et montrer à cette jeunesse, dès l’âge de 10 ans, que ce qu’il peut voir chez lui, ce n’est pas forcément une bonne chose. Je pense vraiment que toutes ces actions envers la jeunesse et en faveur de la jeunesse permettront des changements. En amenant une pierre après l’autre, on arrivera, je l’espère, à changer les mentalités.