« Je ne veux pas devenir comme mon père qui tape ma maman »

Installée dans les jardins de la Mission à la condition féminine, rue Frédéric Surleau à Nouméa, l’association Femmes et Violences Conjugales reçoit des personnes en grand désarroi toutes les semaines. Elle tient aussi un rôle de prévention et de sensibilisation auprès des publics notamment scolaires. 


« Je ne veux pas devenir comme mon père qui tape ma maman ». Cette phrase, Élyse n’est pas prête de l’oublier, Élyse, membre du bureau, qui a reçu #ZéroTolérance en compagnie de Mery, l’unique salariée de l’association. Et la phrase qui résonne toujours aux oreilles d’Élyse, c’est celle de ce jeune garçon entendu lors d’une intervention de l’association dans un collège. À la demande des infirmières ou des professeurs, l’association Femmes et Violences conjugales intervient pour des actions de prévention et de sensibilisation au sein des collèges et lycées sur toute la Nouvelle-Calédonie. Et ces interventions constituent une part importante du travail de l’association. « Les interventions sont souvent demandées quand il y a des enfants qui perturbent la classe. Parce que bien souvent, s’il y a une réelle problématique de délinquance juvénile, c’est aussi du fait qu’il y a de la violence à la maison. Il nous faut donc sensibiliser les jeunes sur ce comportement anormal », explique Élyse.

 Une violence et une pornographie banalisées

  « La violence s’est banalisée dans les cours d’école, ils ne se parlent plus, ils s’insultent, c’est devenu tellement banal qu’ils n’y prêtent même plus attention », insiste Mery. Les jeunes reproduisent en fait aussi le schéma familial. « On les sensibilise sur la notion de genre garçons/filles, le respect, la communication, ce sont des notions de base qu’on se doit de leur rappeler parce que nos enfants seront les adultes de demain », précise Élyse et on rencontre la même problématique partout en Calédonie, que cela soit dans le Sud, le Nord ou les Îles. Les questions tournent aussi autour de la sexualité et des violences sexuelles, et là le constat est alarmant. « Concernant les violences sexuelles, explique Mery, les jeunes aujourd’hui ne savent pas ce que sont les préliminaires. Leurs points de repère lorsqu’ils démarrent une vie sexuelle, c’est la pornographie. On est donc là pour leur rappeler que non, il y a les préliminaires et ce qui va avec », confie Mery. L’enfant qui a l’habitude de vivre des violences conjugales chez lui peut être psychologiquement détruit et reproduire ces actes, puisque pour lui ils s’apparentent à la normalité.

 Un manque de dispositifs de logement d’urgence évident

En plus des établissements scolaires, l’association Femmes et Violences Conjugales intervient également auprès des publics en réinsertion en partenariat avec le réseau Active (dispositif de réinsertion pour adulte) ou le RSMA. Femmes et Violences Conjugales assure également des actions de prévention auprès d’associations de femmes. Un constat alarmant du fait qu’il existe un réel manque au niveau de l’hébergement d’urgence des victimes. « Des projets sont mis en place sous l’impulsion des provinces Nord et Îles, l’association Femmes et Violences Conjugales a fait un travail partenarial concernant la problématique de l’hébergement, en effet il faut avant tout prévenir, sensibiliser et former des personnes ressources sur des zones géographiques définies. Ce constat est réel et les différents acteurs du secteur se mobilisent pour pallier à ce manque », précise Élyse.

 Un véritable sas de décompression avant tout

Les bénévoles de l’association peuvent également recevoir les victimes au sein de leur local, assurant ainsi de la primo-écoute, une première étape. « Après on peut orienter ces personnes vers le Relais*, ADAVI, SOS Violences Sexuelles, SOS écoute, le Pôle d’Aide aux Victimes, la Mission de la condition féminine du Sud, la mission aux droits des femmes du Nord, le service femmes et familles des Iles Loyauté, les forces de l’ordre, les assistantes sociales… quand elles ont besoin d’un suivi ou d’être aidé dans certaines démarches. Mais elles ont avant tout besoin d’un sas pour pouvoir évacuer, on est là pour faire ce premier sas. Les victimes se posent, parlent et réfléchissent », souligne Élyse.

« La violence ne fait par partie de la coutume »

Pour sa part, Mery insiste sur un point particulier : « Dans le cas des femmes victimes de violences, l’une des principales difficultés à laquelle elles sont confrontées, c’est le manque de finances. Et la question qu’elles se posent alors, c’est de savoir où aller si elles quittent leur conjoint ou compagnon violent. C’est le cas souvent chez certaines femmes kanak qui expliquent qu’elles ne peuvent pas s’en aller puisqu’elles sont mariées coutumièrement. Alors on les informe que la violence ne fait pas partie de la coutume !  L’association est là pour les soutenir et les accompagner (femmes et hommes). Et de conclure : « Ce n’est pas qu’il y a plus de violences, mais il y a plus de dénonciations. Il y a de plus en plus de personnes qui osent parler »,  la parole les libère.

Le mouvement citoyen #ZéroTolérance ne peut que s’en féliciter et saluer le courage de celles et ceux qui parlent et témoignent, ainsi que dévouement et la volonté des bénévoles qui donnent de leur temps à poursuivre ce combat, merci à eux.

  • Relais : structure de la DPASS sur Nouméa qui propose un accompagnement thérapeutique aux victimes et auteurs de violence (pour en savoir plus voir l’article du 28 décembre 2018).

 


Association Femmes et Violences Conjugales

14 rue Frédéric Surleau – Centre-Ville – Nouméa – Tél. : 26 26 22

(dans les jardins de la Mission à la condition féminine)


 HORAIRES : Lundi et jeudi de 8 h à 16 h, le mardi de 13 h 30 à 16 h et le vendredi de 8 h à 11 h 30 sur RDV.

Hors horaires appeler SOS Ecoute 05 30 30 (numéro gratuit)

Page Facebook : Femmes et Violences Conjugales – Nouvelle Calédonie