Laurence Egea, hypnothérapeute pour Le Relais : « On va travailler sur un ressenti, car un ressenti n’est pas une vérité »

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Structure dépendante de la DPASS, le Relais reçoit chaque année 400 nouvelles personnes, victimes ou auteurs de violences conjugales, qui vont être suivies sur quelques séances ou plusieurs mois. Cette prise en charge peut être effectuée par des psychologues, éducateurs spécialisés, art-thérapeute, sophrologue et hypnothérapeute. Cette dernière, Laurence Egea, intervient 6 heures par semaine au Relais depuis 2017.


En tant qu’hypnothérapeute, en quoi votre travail est-il différent par rapport à une psychologue ?

La psychologue va travailler sur le côté conscient : faire prendre conscience à la personne pourquoi en est-elle arrivée là ? 50 % du travail est déjà alors fait. La prise de conscience ne règle cependant pas tout. Le fait de prendre conscience nous permet de mettre le doigt sur la chose à régler et de pouvoir agir. Cependant l’émotion peut prendre le dessus. Je vais travailler sur la partie inconsciente correspondant à l’émotion ou le ressenti, qui empêche (peurs) ou pousse (colères) à l’action. Le but est donc de l’évacuer afin d’avoir un comportement plus adapté.

Comment cela se passe-t-il avec un auteur de violences ?

Si l’auteur a, par son vécu, accumulé des émotions qui aujourd’hui le dépassent, il peut finir par perdre le contrôle et agir au détriment de lui-même. Il se retrouve presque à subir ses émotions, ce qui engendre le passage à l’acte, correspondant à des violences, soit de nature physique, psychologique et/ou financière. Je vais donc l’accompagner à se dégager des émotions qui le pénalisent.

Et chez la victime, comment cela se passe ?

Que ce soit auteur ou victime, je procède de la même manière en allant travailler sur les émotions bloquées. On va d’abord établir comment se positionne la personne concernée : victime, responsable…

On va ensuite déterminer l’objectif que la personne souhaite atteindre, et dégager l’émotion rattachée à la situation vécue. Cependant, ce n’est pas toujours facile. Il peut y avoir des freins qui empêchent la victime de sortir de cette situation : schéma familial (exemple à suivre inconscient), souvenirs agréables des débuts, peurs des représailles… L’inconscient peut s’accrocher aux sentiments agréables déjà vécus en espérant retrouver ces ressentis, tout en ayant conscience qu’aujourd’hui les choses sont différentes. Ce qui empêche la personne de partir. L’objectif va être d’enlever les blocages, en lui faisant prendre conscience de ce dont elle n’a pas encore conscience et d’enlever les ressentis associés.  En hypnose, on va travailler sur un ressenti, car un ressenti n’est pas une vérité. En enlevant le ressenti, cela va modifier la vision des choses, ce qui entraine un changement de comportement. Tout est donc modifiable, tout est une question de perception.

Chez les victimes, c’est donc l’inconscient qui bloque souvent ?

Pas forcément, lorsqu’une personne est dans le dénie, c’est le conscient qui se refuse de voir certaines choses, et l’inconscient va se rattacher aux sentiments agréables qu’il a pu vivre et qu’il espère encore avoir aujourd’hui. Donc les deux peuvent bloquer, après ça va dépendre du vécu de la personne. Le conscient et l’inconscient parlent deux langages différents pour lesquels parfois ils ne se comprennent pas, ce qui entraine des blocages. Le langage de l’inconscient est le même que celui du rêve, qui parfois peut être sans queue ni tête. L’inconscient n’a pas de notion, ni de temps, ni d’espace, ni de bien, ni de mal, ni de réalité, ni d’imaginaire, ni de logique… Je suis donc une intermédiaire entre le conscient et l’inconscient qui permet de traduire les deux versions afin de voir ce que la personne recherche au fond d’elle-même et de les mettre en accord pour qu’ils aillent dans la même direction.

Les démarches de venir vous voir sont-elles identiques entre auteurs et victimes ?

C’est vraiment une démarche personnelle pour les victimes. Pas forcément le cas pour les auteurs, car ils peuvent être soumis à des obligations de soins avec suivi. À ce sujet, si l’auteur a vraiment envie de se sortir de cela, il va comme « accepter de jouer le jeu », et je vais donc pouvoir commencer un travail avec lui, qui me permettra d’avoir un retour d’informations et donc plus de possibilités d’atteindre un résultat. En hypnose on ne peut pas aller à l’encontre de la personne, donc si elle refuse, il se peut qu’il n’y ait pas de changements.

 Tout le monde est-il réceptif à une hypnothérapie ?

Réceptif tout le monde l’est, l’état hypnotique est un état naturel de conscience modifié. Chaque personne a un mode de fonctionnement différent et c’est au thérapeute de se caler sur son mode de fonctionnement. C’est pour cela que ça peut prendre plus ou moins de temps.

Quand on arrive à débloquer un inconscient, est-ce que c’est acquis ?

Rien n’est jamais acquis, tout est une question d’entretien. On peut débloquer le conscient, mais l’inconscient peut rester bloquer et inversement. Donc les résultats peuvent se ressentir de manière immédiate, mais peuvent s’estomper dans le temps en fonction du travail qui a été effectué. C’est le temps et les ressentis qui nous permettent d’évaluer si la totalité du travail a été faite sur les deux niveaux, conscient et inconscient, afin de vérifier que tout est bien mis en place.  Je suis là pour les accompagner, en leur transmettant les connaissances et les outils nécessaires, qui leur permettront de s’en servir pour arriver au changement, sauf que l’action ne dépend pas de moi.  Et si le fait de passer à l’action bloque, l’objectif est de trouver la cause, et de le débloquer pour agir.


Le Relais

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