Le Relais : « amener les gens à agir, prendre conscience et se remettre en question »

Structure dépendante de la Direction Provinciale de l’Action Sanitaire et Sociale (DPASS), le Relais reçoit chaque année 400 nouvelles personnes (ce qui engendre près de 3 000 entretiens par an). Les personnes reçues sont, pour les 2/3, des victimes de violences et des auteurs, pour le tiers restant. Grâce à une équipe pluridisciplinaire, le Relais offre un accompagnement thérapeutique gratuit et sans limitation de temps. C’est la seule structure du genre sur le territoire.

Toute personne en situation de violences est accueillie par un travailleur social qui va l’évaluer, l’accompagner et l’orienter vers une prise en charge thérapeutique. « Les gens peuvent se présenter directement, c’est ouvert en continu, ou appeler pour un rendez-vous. Toutes les personnes qui viennent au Relais sont d’abord reçues par les travailleurs sociaux, explique Denis Bréant, le chef de service du Relais. Cet entretien nous permet de pouvoir évaluer la situation, la prise de conscience de la personne et de ce qu’elle a pu mettre en place pour se protéger ou pas. »

Comment se passe l’accompagnement ?

Le Relais est constitué d’une équipe pluridisciplinaire autour du responsable, lui-même éducateur spécialisé. On retrouve ainsi : deux éducatrices spécialisées, deux psychologues à mi-temps, une art-thérapeute, une hypnothérapeute et une sophrologue qui viennent plusieurs heures par semaine. Au Relais, il y a ceux qui se présentent spontanément, essentiellement des victimes et les personnes envoyées par la justice. « Le parquet de la République peut nous orienter des couples ou une victime qui aurait porté plainte pour la première fois avec moins de 8 jours d’ITT. Le parquet peut proposer à l’auteur des violences de venir nous rencontrer dans le cas des alternatives aux poursuites c’est-à-dire plutôt que de poursuivre au tribunal, il le convoque ici et on les rencontre à ce moment-là », précise le responsable du Relais. Dans le cadre de la justice, sont également dirigés vers le Relais, les auteurs de violence qui ont été condamnés et qui ont une obligation de soins. Enfin la dernière porte d’entrée, ce sont les travailleurs médicaux sociaux qui, lorsqu’il y a des cas de violences conjugales, orientent les personnes vers le Relais. Le Relais dispose également d’un juriste quelques heures par semaine.



Le Relais

Ouvert du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h, avec ou sans rendez-vous

Au–dessus de la Mission à la condition féminine de la province Sud

14 rue Surleau – Nouméa – Tél. : 23 26 26



INTERVIEW 

Nous avons demandé à Denis Bréant, responsable de la structure du Relais, d’entrer dans le détail de la mission et de nous expliquer de quelle manière se déroulait l’accueil des victimes et des auteurs de violences.

Pourquoi est-il important de porter plainte lorsque l’on est victime de violences conjugales ?

La plainte est un élément primordial parce que c’est ce qui amène les victimes à se dire j’arrête d’accepter. La deuxième raison c’est de se protéger et de faire prendre conscience à l’auteur qu’il n’est pas tout puissant. Parfois les femmes ont peur de représailles. Or, on se rend compte que, lorsqu’elles portent plainte, il y a rarement de représailles. Le but c’est vraiment une prise de conscience que ce qu’elles vivent n’est pas normal. Beaucoup trop de victimes pensent que c’est de leur faute.

Il y a-t-il différentes formes de violences conjugales ?

Oui il n’y a pas que la violence physique, il y a aussi la violence verbale, la violence psychologique, la violence sexuelle, la violence administrative, financière… il y a tout ce qui à un moment donné, permet à un autre d’avoir le pouvoir sur ce qu’on est. Et parfois ce sont plusieurs formes de violences à la fois… Est-ce que c’est acceptable que quelqu’un décide tout de votre vie ? Vous dise ce que vous avez à faire ou pas faire ? Qui vous demande de vivre comme lui le veut ? Non ce n’est pas acceptable.

À partir de quel moment la prise en charge thérapeutique peut-elle se faire ?

Quand une personne en prend conscience et qu’il y a une demande. À partir du moment où les personnes sont dans une dynamique où elles ont envie que les choses changent autour d’elles, c’est là que l’on va les orienter. Donc si je suis face à une femme qui arrive facilement à faire des liens avec son histoire, avec ce qu’il l’amène à être dans cette situation, et pourquoi elle accepte tout cela, je vais plus l’orienter en psychothérapie. Si je suis face à une femme où je sens que les émotions sont présentes, mais qu’il lui est difficile de dire les choses, je vais l’orienter vers l’art-thérapie. Je vais plus orienter vers la sophrologie, une femme submergée par ses émotions qui vit dans la peur, le stress, l’émotivité. Après pour des femmes qui ont eu des traumatismes anciens, très importants, toujours à répétition, je vais orienter vers l’hypnothérapie.

Quel est le point commun entre toutes les personnes que vous recevez ?

Le point commun est bien entendu que ce sont des personnes en souffrance. 90 % des personnes que l’on accompagne ici sont des personnes qui ont connu dans leur enfance la violence ou qu’ils l’ont vu. Ce qui ne veut pas dire que tous les enfants qui ont été soumis à la violence deviennent des personnes violentes ou victimes de violence. Ce sont des gens qui se sont construits dans la peur, dans l’acceptation, dans une image d’eux-mêmes très négatives et sont dans des peurs. Peurs de se retrouver seuls, d’être abandonné, d’être rejeté, et qui sont prêts pour ne pas revivre cela, à accepter beaucoup de choses. Voilà pour les victimes. On est sur les mêmes bases en ce qui concerne les auteurs de violence, à savoir qu’ils ont vu ou subi la violence. Mais plutôt que de ressentir la douleur qu’ils ont connue à un moment donné dans leur vie, ils passent à l’acte et frappent.

Quel message souhaiteriez-vous passer aux auteurs de violence ou aux victimes ?

Que ce n’est pas une fatalité. Il n’y a pas 36 000 solutions dans les violences conjugales : plainte ou/et une prise de conscience. Amener les personnes à prendre conscience de ce qu’elles vivent, de ce qu’elles subissent ou font subir c’est déjà beaucoup. Le changement, c’est quoi ? C’est une remise en question et le but est d’amener les gens à se remettre en question en tant que victime ou en tant qu’auteur. Il y a des gens que je reçois en tant qu’auteur et je me rends compte qu’ils sont aussi victimes ce qui n’excuse pas le fait qu’ils sont auteurs. Il faut les aider aussi. C’est difficile d’en parler, car quelque part cela peut être une justification de la violence.

Quel conseil donneriez-vous donc ?

Permettre de parler, si on arrive à ce que les gens arrivent à parler c’est déjà beaucoup. La grosse problématique de la violence, c’est le silence, c’est la honte.