« Dormir une heure pour éliminer l’alcool, c’est faux ! »

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Patrice Hoarau, responsable du programme addictologie de l’Agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie, lutte contre les idées reçues autour de la consommation d’alcool. En parler, c’est bien, faire parler, c’est mieux !

Vous avez participé à la soirée-débat organisée à l’Université en partenariat avec le mouvement Zéro Tolérance. En tant que responsable du programme addictologie de l’Agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie, que pensez-vous cette initiative ?

Patrice Hoarau : « Toutes les actions publiques qui permettent de dialoguer, d’avoir une interaction avec un public quel qu’il soit, sur l’alcool, est toujours une bonne chose parce que c’est un sujet, au même titre d’autres substances, dont les effets, les connaissances sur ce produit ne sont pas aussi évidentes que ce qu’on pourrait penser. Je vais prendre un exemple tout simple, le temps d’élimination.

On entend souvent ce discours qui consiste à dire, allez je vais dormir une heure, j’arrête de boire pendant une heure ou deux heures, et ça sera bon… Eh bin non ! Si on a bu trois canettes de bière, je prends un exemple volontairement assez faible, et bien, il faut plus de trois heures pour éliminer ça !

 

L’idée, c’est donc de communiquer, d’en parler, pour que les gens soient au courant des risques ?

PH : Tout à fait. A l’Agence sanitaire et sociale, cela fait partie de notre métier, mais ce n’est pas la seule chose. Nous avons le volet « prévention primaire », c’est-à-dire, intervenir auprès d’un public qui n’est pas forcément consommateur, un large public donc, et je pense notamment aux élèves des établissements scolaires. Dans les collèges et les lycées, nous donnons de l’information, on essaie de faire parler, de faire réfléchir les jeunes par eux-mêmes sur le sujet. Nous avons, comme second volet, un volet « consultation pour les jeunes », qui est le dispositif « Déclic ». Cela permet à des jeunes et aussi à leur entourage, leur famille, de venir soit prendre des informations, soit les accompagner pour voir comment on peut essayer de changer un peu les trajectoires. On n’est pas là sur des personnes qui ont besoin de soins.

On est sur des personnes qui ont eu une consommation excessive, ou qui ont pris des risques particuliers avec les produits et qui peuvent trouver un endroit où ils peuvent, de façon confidentielle et bienveillante, trouver un espace de dialogue leur permettant de faire un peu le bilan de là où ils en sont. Et puis éventuellement de passer à une étape où se pose la question de savoir comment je peux faire pour changer, de prendre conscience que l’on peut prendre un certain nombre de risques et quelle stratégie on peut mettre en place pour, au moins, réduire ces risques. »